Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Contre la censure SKYBLOG

Publicité
Derniers commentaires
9 décembre 2006

Le bon Le Bon (ou le brave Gustave)

Individualiste anarchiste, grand disciple de Stirner, j'aime me plonger dans la lecture d'essai anti-collectiviste. Il y a quelques années, je suis tombé sur un livre de Gustave Le Bon: Psychologie des Foules, qu'il n'était pas bon de citer dans le milieu universitaire liégeois, demeuré dans l'esprit soixante-huitard. Pour choquer étudiants et professeurs, je citais des passages entiers de celui que, à tort, on considérait comme maître à penser d'Adolf Hitler. C'est un contre-sens assez fou: Le Bon explique le fonctionnement des foules, leur psychologie, répète à plusieurs reprises que rien de grand ne peut se faire sans le concours de foules enragées, mais que toute foule est intellectuellement inférieure à l'individu isolé quel que soit le niveau d'intelligence des gens qui la composent. Pour Le Bon, les foules sont irrationnelles, trop portées à l'exagération, à l'exacerbation des sentiments et des jugements trop hâtifs (l'affaire Dutroux en Belgique en est un bel exemple: le peuple belge a voulu absolument voir dans une affaire de quelques pédophiles isolés tout un réseau international de prostitution enfantine, comme si la pédophilie avait besoin de tout un support pour être atroce!!!).
Ecrit en 1895, donc dans ce dix-neuvième siècle où il était de bon ton pour la gente intellectuelle d'être raciste et antisémite, l'essai de Gustave Le Bon souffre évidemment de ces préjugés qui frappaient pourtant les grands penseurs comme Marx, Hegel, Feuerbach ou Nietzsche: existence de races (NB: le racisme, à cette époque, n'était pas nécessairement une doctrine qui clamait la prétendue supériorité d'une race sur une autre; elle était une croyance scientifique - car reconnue par la communauté des scientifiques - en l'existence de races différentes), paranoïa à l'égard de complots juifs, femmes naturellement hystériques et sentimentales etc.
Je dirais donc qu'il était plutôt normal de trouver des considérations de ce genre chez Gustave Le Bon... et il faut une certaine dose de mauvaise foi pour considérer cette Psychologie des foules comme un traité de fascisme avant la lettre.
D'une part, Le Bon explique, avec un petit air méprisant, les comportements qui expliquent l'adhésion des foules aux idéologies irrationnelles, en analysant la psychologie du "bon" orateur - celui qui attire et subjugue les foules.
D'autre part, Le Bon admet l'importance des foules pour renverser un pouvoir injuste (Révolution Française). On comprend aisément les débordements lors des manifestations anti-CPE en France; lorsque des plans d'embauche ont été proposés en Belgique, personne n'a réagi... et me voici condamné à faire le bouffon chez Delacre, au grand bonheur des bouffeurs de chocolat!
Le Bon n'aime pas les foules, remet en cause ce sur quoi s'appuient tout justement les Hitlers, Mussolini, les Napoléons ou les Césars. Il dénonce le caractère sanguinaire des pacifiques bourgeois lors de la Terreur qui envoyaient à la guillotine, en connaissance de cause, des innocents.
La question que je me pose, en fait, est celle de la psychologie des bloggers. J'ai l'impression que les foules virtuelles, générées à l'ère d'internet, perdent cette vertu que reconnaissait au foule le brave Le Bon: si la Terreur engendre à long terme les Droits de l'Homme; la foule virtuelle, quant à elle, efface la surface déjà lisse des intelligences qui la composent. Et une psychologie des foules virtuelles est-elle donc possible? Quand il ne reste même plus l'action pour palier à la faiblesse intellectuelle?
L'ère du virtuel est donc bien l'ère du vide...
Et je n'ai rien à ajouter.
Vive le top 100!!!

Pifpafpouf30 & Rezvanifan

Publicité
1 novembre 2006

Les Limites de Skyblog

Je n’entends pas parler ici des limites comme bornes, mais des limites comme lignes de définition. Mon étude va donc porter sur des cas-limites : le diorguccisme et le p8disme.

1° Le diorguccisme est une idéologie qui proclame le reflet comme indépendant de ses origines, c’est-à-dire qui ne voit dans le medium et dans l’objet dont il est l’origine qu’une sorte de révélateur, un moyen de manifester une vérité qui dépasse ses conditions de possibilité. Le diorguccisme s’actualise sur skyblog de diverses manières : par l’exposition permanente de ce qui relevait jadis du journal intime (nombrilisme) ; par le refus de tout critique et le besoin de reconnaissance (narcissisme) ; par une fragilité d’esprit, relevable dans les discours traitant de la mode vestimentaire et comportementale – stéréotypie (gothique, par exemple), sentiment erroné d’unicité (djeunisme) ; et enfin, par une foi inébranlable en la toute-puissance des mots (symbolisme)[1]. C’est-à-dire une praxis dont le but est d’alourdir l’éphémère, l’inessentiel, l’insignifiant. Il est évident que ce qui prime dans la définition du diorguccisme et de ses variations n’est pas spécialement le narcissisme, ni même le djeunisme, comme on pourrait le croire. Il ne s’agit là que de manifestations psychologiques, trop ancrées dans une individualité, vague, sans doute, mais pas totalement absente. Le symbolisme, cette idéologie qui ignore la distance qui sépare le mot de sa chose, est le fondement même du diorguccisme.

Le diorguccisme est la Loi, et les blogs en sont les « actualisations » virtuelles pratiques, c’est-à-dire avec certains décalages inévitables par rapport à elle. En ce sens, diorgucci76, qui donne évidemment son nom à cette Loi Skybloggique, n’a nullement repoussé les limites de la skybloggattitude, mais en a donné sa formulation virtuelle la plus fidèle et la plus radicale, en la touchant au plus près, mais sans y adhérer pour autant. Son blog serait comme une forme épurée de ce que pourrait être un gr3enfly idéalisé.

2° Le p8déisme est un cas-limite très intéressant ; stricto sensu, on ne peut pas dire du p8déisme qu’il trace une limite bien claire qui permettrait de définir l’attitude Skyblog. Nous ne savons pas grand chose de paris8depression, des ambitions de son blog : sont-elles sociales, politiques ou tout simplement cathartiques comme il tente de le faire croire ? Une sorte de dadaïsme qui explorerait les voies du virtuel ? Se référer au dadaïsme n’est peut-être pas des plus pertinents : le dadaïsme n’a jamais été qu’une agression envers l’art et non une tentative de définir l’art en tant que tel. Du surréalisme, alors ? Non plus : le surréalisme devient méthodique à partir du moment où André Breton s’enferme dans le symbolique, c’est-à-dire dès qu’il ferme toutes les portes de l’humour, de la dérision et de l’auto-dérision, condamnant son art à n’être plus qu’un arrêt sur image d’un mouvement artistique pourtant bien engagé.

La démarche de p8d semble plus proche du Ionesco de « La Cantatrice Chauve » : les mots sont des extraits qui s’affichent comme tels (fonction copier/coller) ; la communication est impossible (ses commentaires sont eux-mêmes des extraits de commentaires désordonnés). Les articles de paris8depression ne sont que l’expression du chaos bien réel du virtuel : une googelisation skybloggique ! Un bordel qui finit par fasciner le visiteur de par son immensité et son insignifiance. Paris8depression définit Skyblog en proposant une série d’articles qui élèvent la surcharge d’insignifiance skybblogique à la puissance n. Son blog n’est qu’un palimpseste qui superpose des feuillets souvent insignifiants par eux-mêmes et auxquels la recombinaison arbitraire peut, dans quelques rares cas, redonner un sens.


[1] Se référer à mon article  « Le Retour en Force du Symbolique », publié sur http://gazdlog.canalblog.com.

26 octobre 2006

Sans détails pas de vagues

Whisky_006"ça n'a pas le moment suprême où le pire la seul chose certaine"

p8d, "Toddy é 1 cyclope"

Si nos souvenirs sont exacts, et je doute en fait qu'ils le soient, nous avions déjà analysé les occurrences de l'être et de l'avoir dans les textes de p8d. Imaginons un arbre : si un arbre se reconnaît à ses feuilles, peut-on dire que l'arbre EST ses feuilles ? Y a-t-il un lien d'égalité entre l'être et l'avoir ? La question se pose également en ce qui concerne l'homme. Si pour Feuerbach, l'Homme est une instance suprême qui recouvre tous les individus humains particuliers ; pour Stirner, par contre, il en va tout autrement. Entre l'être et l'avoir, entre l'essence et sa propriété, il y a des distinctions à bien établir : Grégory est-il un représentant, un peu bâtard, de l'Humanité, d'une Humanité qui englobe toutes les individualités particularisées, dont Wanda ne serait qu'un avatar à la manière de Mike et Rezvanifan ? Ou bien, Marie est-elle une personne qui aurait l'humanité parmi ses prérogatives ?

Pourquoi palabrer sur une distinction de l'être et de l'avoir qui n'a plus lieu d'être, dans la mesure où toute métaphysique serait dépassée par de nouvelles approches éthiques de l'ordre de la sentimentalité skybloggienne ? Qu'est-ce que l'éthique ? L'Ethique a-t-elle en son fondement un questionnement sur sa nature propre ou n'est-elle qu'un euphémisme qui nommerait un ensemble de règles strictes dont Je (et quand je dis « Je », c'est pour le dépoussiérer de toutes les imprécations du Moi) ne veux pas ?

La phrase de p8d, citée en exergue, permet d'embrasser toute l'histoire de la philosophie puisqu'elle ramasse en cette seule phrase lacunaire la cruauté du réel objectif et de la « chose certaine » et le labyrinthe de la réalité subjective. Le réservoir de toutes nos pulsions, le Ca, est sans fond et infini et ne parvient pourtant pas à adopter la seule position de l'être, qui est non pas un OBJET SUPREME, mais un moment... Le Ca n'est à proprement parler rien, car il se situe sur un autre plan qui n'est pas celui du réel et du certain. Il s'affiche comme une a-temporalité, qui dénie toute pertinence des instants et moments, pour ne renvoyer qu'à la seule force du chaos qui ne sera jamais rien de certain.

Damier

Il est évident que c'est là la schizophrénie de p8d qui parle.

Pour en savoir plus sur paris8depression, cliquez ici

18 octobre 2006

Critique de la Déraison Bloggique: Théorie du Virtuel appliquée à Skyblog

On me rétorquera, à juste titre, que ce que je viens d’écrire sur le monde virtuel n’était jamais qu’un transfert de la vérité du monde « réel » (actuel). La particularité du monde virtuel est d’exacerber cette tendance : il est un monde qui par nature et définition devrait permettre la co-existence (pacifique ?) de différents types de savoirs… et pourtant, ce n’est pas le cas.

            Le virtuel étend l’uniformisation, en permettant à tous de s’exprimer… selon le principe dominant, aWiskhy_008lors que le monde de l’édition, par exemple, reste un monde mû par deux principes : le principe économique du marché, le principe littéraire. Ce monde doit répondre à l’impératif économique tout en exigeant une correction certaine du point de vue littéraire, permettant la co-existence entre Rezvani et Dan Brown. Si Kévin devait écrire sa vie (car il n’est pas du tout certain qu’il sache parler d’autre chose que de son petit nombril), aucune maison d’édition n’accepterait de publier son manuscrit. L’autobiographie de Loana ne trouve son marché que parce qu’elle recoupe un autre plan… le plan de l’audimat télévisuel.

            Pour les maisons de disque, le raisonnement est tout autre : avec les Back Street Boys, Eros Ramazzotti, toute la R’n’B,

et le rock daube dont nous parle Marsel le monde de la musique n’est pas loin d’être un monde presque aussi pauvre et médiocre que celui du virtuel. La musique est un art particulier : la musique populaire n’a jamais suscité le moindre effort ; elle accompagne notre vie mentale ; immédiate, elle ne se réfléchit pas, elle fait son chemin, ne fait pas de sur-place, contrairement à la lecture qui suit une autre temporalité, faite d’aller-retour. La musique étant permissive, elle peut toujours glisser sur l’esprit – et c’est ce qu’on demande à la musique de Ramazzotti – alors que la lecture doit toujours y adhérer, s’y accrocher… Le constat est le même pour le cinéma qui, comme la musique, possède la même immatérialité que le virtuel… Néanmoins, cinéma et musique demandent un minimum de compétences techniques. Quoique! (oui, cliquez sur le lien...)

            Le monde virtuel, quant à lui, renforce, accentue le déséquilibre entre l’inintelligence des gr3enfly et l’intelligence de paris9depression : le virtuel donne la possibilité à tous les abrutis de s’exprimer et de noyer l’intelligence sous une avalanche de sottises gr3enflyesques. La marge entre les intellectuels et les imbéciles étant déjà grandes, la publicité sélective (et élitiste, au départ) des actes culturels permettait de réduire cette marge… mais avec l’apparition du net, la marge s’élargit et devient quasiment infinie dans la mesure où les bloggers-types vont jusqu’à créer plusieurs blogs qui n’ont de différent que le pseudo. Infinie aussi l’intolérance des sots : on peut redouter la disparition pure et simple de la classe intellectuelle, la fin de l’intelligence !

            Dans un monde de possibilités existe la possibilité de rendre toute-puissante l’une d’elles qui, dans le monde actuel (ou réel), serait naturellement limitée. Le virtuel serait-il un système paradoxalement ingénieux qui permettrait d’éliminer l’élite intellectuelle ? Les trous-du-cul ne manquent jamais d’ingéniosité lorsqu’il s’agit de tracer des plan d’extermination. Le virtuel est la réalisation d’une tendance actuelle : le monde virtuel apparaît comme une possibilité d’effacement de toute possibilité différentielle. Au lieu d’ouvrir un monde où toutes les possibilités seraient envisagées, il réalise la possibilité d’uniformisation absolue ! En quelques mots, le virtuel dit : « Oui, il est possible de tendre tous les esprits vers une idée commune ».

            Ce que la culture réelle de masse peine à réaliser, la culture virtuelle l’actualise en offrant la possibilité à l’immense majorité des imbéciles qui n’ont rien à dire de dire que, finalement, il n’y a rien à dire.

17 octobre 2006

Critique de la déraison bloggique - Théorie du virtuel appliquée à Skyblog

d)      Du philosophique au politique (où il est question de Kriss, Philo-et-nutella et la prof de philo)

En guise d’introduction, un petit commentaire de gr3enfly à propos de Moi : C'est un Bêta celui la ,
Il existe depuis que j'ai été blog de la semaine :/

Mais Je m'enfou pour moi c'est plutot Marrant ,
Ca me fait rire de voir que les gens peuvent être aussi envieux du succès qu'il n'ont pas !

Une autre particularité de la bloggitude est le refus du débat, de la discussion. Le véritable questionnement n’est jamais posé qu’à travers de fausses questions que, par respect pour la langue de Voltaire, je ne qualifierai même pas de rhétorique : « Pour ou contre le string ? », « Es-tu chiante ? », « G comme Gardfield ? » ou le célèbre « Que penses-tu de mon blog ? » de gr3enfly qui n’autorise aucune critique. Les blogs Filozoofi et Consekence  exacerbent cette tendance au refus de discussion et de questionnement (je vous renvoie à ce que Wanda et moi-même en disons sur le bottom 100), dans la mesure où ce blogger répond à des questions non posées, annule les causes pour ne retirer que des effets qui ne sont évidemment, dans cette politique, que des fantômes d’explications.

Il est évident qu’une philosophie (ou Filozoofi) qui n’est faite que de sous-entendus ferme toutes les portes au débat : une critique portant sur un dire sans contexte est illégitime puisque le Filozoof peut toujours se retrancher derrière l’alibi de la subjectivité (« Tu ne sais pas de quoi je parle »).  Aucun cadre de discussions n’est tracé : je dis ce qui me passe par l’esprit, en refusant toute possibilité de communication bilatérale ; en d’autres mots, plus compréhensibles pour Booklet : tu t’en prends plein la gueule et tu ne sais pas pourquoi ; ton truc, c’est de recevoir et non de partager. Ironiquement, on pourrait parler de générosité skybloggienne. S’en prendre au principe-même de ce type de blog, comme je l’ai fait, est même devenu impossible : lorsque je lui fais le reproche de n’offrir qu’un ersatz d’une philosophie qui n’aurait même pas l’éclat de la non-philosophie des Sophistes ou de Kierkegaard, Filozoof me rétorque (à juste titre !) qu’il n’a jamais prétendu faire de la philosophie. Mais sur quel terrain œuvre-t-il alors ? Comme l’entrevoyait si bien Wanda, cette Filozoofi n’est pas une philosophie immature qui se chercherait mais une véritable idéologie au même titre que le fascisme !

(Note à propos du fascisme : on m’a reproché à de nombreuses reprises d’évoquer le fascisme et le nazisme pour qualifier certains types de discours bloggique. A nouveau, on se rendra compte que le refus d’aborder les causes pour ne s’intéresser qu’aux seuls effets concrets du fascisme et du nazisme est bien la marque de la bloggitude ; ces deux idéologies destructrices doivent être envisagées selon les conditions qui rendent possible la manifestation ou l’apparition des camps de concentrations : les préjugés, c’est-à-dire le refus de questionner. Avant d’être l’Enfer des camps d’extermination (de pare-être), le nazisme a été une manière de penser ou de non-penser, une foi, une « filozoofi » des « consekences » au lieu  d’une philosophie que Michel Meyer qualifierait de problématologique).

Questionner, c’est ouvrir un champ de possibilités, c’est empêcher la fermeture d’une idée sur elle-même (le totalitarisme). Un problème philosophique, politique ou esthétique ne contient pas qu’une seule solution. C’est pourquoi j’admire les blogs comme ceux de Kriss, de philo-et-nutella et de la prof de philo. Ces trois personnes, qui n’aspirent à aucune reconnaissance skybloggique, lancent des idées ouvertes pour tout débat : Kriss, par exemple, ne développe pas (dans un premier temps) les idées qu’elle énonce ; elle propose (en citant un auteur, par exemple), et l’on dispose… Kriss, elle-même, prend part au débat. Ce sont des pistes de réflexion, que l’on peut suivre, tirer dans une direction ou dans une autre… Tout à l’opposé de cette idée, finement attaquée par Wanda, selon laquelle « Il vaut mieux répondre que poser des questions ». Cette idée n’est pas seulement irrecevable du point de vue philosophique, mais aussi dans la pratique épistémologique !

Philo-et-nutella pose une question (« L’homme est bon par nature ? ») et, dans les limites de ses connaissances dues à son jeune âge, répond à la question en argumentant tout au long de son article. On peut ne pas être d’accord avec lui : le débat est ouvert, et nous avons eu tous les deux quelques occasions de discuter à ce propos. Qu’en est-il de la connaissance de Dieu ? Certains paresseux prétendront que la question ne vaut pas la peine qu’on la pose… Ne pas la poser, c’est faire un premier pas sur le chemin du fanatisme.

Notre chère prof de philo pose aussi des questions et laisse à ses visiteurs le soin d’argumenter. La nature du questionnement diffère en tout point des débats d’opinions, vides, qui surgissent de la bloggitude, trop fluide pour qu’on y puisse trouver un ancrage.

Il est assez typique de la bloggitude de trouver légitime et actuel le « questionnement » relatif au port du string et de considérer absurdes les débats concernant l’existence du paradis et ses conditions d’accès. « Sincèrement, si vous en êtes encore à discuter de Dieu ou du Paradis, c'est que vraiment on ne mérite pas plus.
Enfin, prières et retraites monastiques valent mieux que néant des mots. Au moins, ils auront essayé d'atteindre le nirvana.
Donc faites du bien, les portes sont grandes ouvertes et saint Pierre sera heureux de vous y préparer un lit.
En fait je ne sais pas si Dieu existe ? Je ne l'ai jamais rencontré
. »

Remarque très surprenante lorsque l’on sait que ces idées continuent d’alimenter les guerres de religion et d’enflammer les imaginations belliqueuses.

Ne pas questionner, c’est asséner des coups de certitudes à l’esprit. Clément Rosset, dans « Le Principe de Cruauté », dénonce cette passion des certitudes comme intolérance face à la cruauté du réel. Les certitudes sont le terreau des tous les fanatismes, qu’ils soient théologiques ou athées : qu’importe le contenu d’une certitude, ce qu’on lui demande, c’est simplement d’être une certitude, un doux oreiller où reposer l’esprit critique. « Si ce blog ne te plaît pas, tu n’as qu’à cliquer sur le petite croix en haut à droite » : aime-moi ou casse-toi !

Qu’importe les opinions en faveur ou non du string : le tout est de rester à la surface des idées, de ne pas poser de vraies questions. Comme le dit si bien Omer Simpson : « Qu’est-ce que la pensée ? Qu’importe ! Qu’est-ce qui importe ? Ne pas penser ! »

La bloggitude consacre le règne de l’opinion sur la réflexion, de l’unité de l’opinion sur la divergence des avis, trace une unique orientation au fonctionnement de la pensée. En ce sens, la bloggitude peut être dite politique, dans la mesure où elle  ouvre la voie aux totalitarismes. Il y a donc ici une rupture radicale avec l’idée communément admise d’après laquelle l’adolescence est un âge de tolérance et d’ouverture d’esprit. Elle n’est que la meilleure tranche d’âge pour adopter la bloggitude.

Le monde virtuel, qui devrait un monde de toutes les possibilités, a été conquis par les adolescents qui ont cherché à fermer toutes les portes du possible, imprimant une seule direction au virtuel, appauvrissant le virtuel, reléguant de la sorte, via une politique fascinante du top 100 et de la starification, tous les blogs qui choisissent d’explorer les autres voies de la possibilité.

Cette intolérance du virtuel est le fait d’une impossibilité fondamentale pour le blogger-type à se détacher d’une voie commune : impossibilité de détachement humoristique (humour du 1e degré) ; linguistique (la lettre prime sur l’esprit) ; esthétique (elle n’est plus qu’une technique à la gr3enfly) ; et politique (les idées collent à elles-mêmes et ne résultent d’aucun questionnement préalable)… Du coup, impossibilité de trouver la voie de la critique au sens philosophique du terme.

Publicité
16 octobre 2006

Critique de la déraison bloggique: Théorie du virtuel appliquée à Skyblog.

c)      La linguistique bloggique (où il est question de Théhuti)

Ne rien dire ou dire le rien sans même le faire avec art, c’est là toute la tragédie du monde virtuel : un monde qui devrait être riche de possibilités, qui devrait en théorie permettre d’emprunter tous les chemins non visités et qui en pratique reste pauvre ! Nous parlions de l’impossibilité poétique par l’ignorance de la syntaxe… ne pas savoir écrire est un drame bien réel dans le monde du virtuel.

Ce constat a déjà été fait avec un immense talent par notre chère consoeur Wanda (cf. J’ai la quéquette qui colle). Dois-je donc y revenir ou puis-je me contenter de tracer les grandes lignes d’une théorie linguistique virtuelle ?

L’étude de la langue du virtuel, plus communément et erronément nommé langage texto, nous a révélé deux impossibilités : 1° La constitution d’une poétique dans ce monde virtuel ; 2° dénoncé par Wanda, l’effacement d'un pan entier de l’humour, caractérisé par le mot d’esprit…

L’absence de sens critique par rapport à cette langue sans syntaxe et sans règles constitue en quelque sorte l’annulation d’un langage virtuel. Absence de sens critique dans la mesure où son lexique est trop pauvre, trop ancré dans le langage quotidien pour permettre l’émergence d’une réflexion construite sur ce type de langage (un métalangage virtuel est donc impossible). Un bel exemple est ce refus de la part de gr3enfly à publier tout commentaire critique par rapport à son blog : il y évidemment un véritable décalage entre la critique, au sens philosophique, qui fait appel à un langage plus abstrait et une pseudo-langue qui trouve sa légitimation dans l’aspect prétendument concret de la phonétique voire de l’onomatopée, et ce décalage linguistique devient vite un décalage entre les esprits (l’esprit critique, qui ne craint pas l’abstraction, et l’esprit bloggique qui n’a d’ancrage que dans la seule sphère terre-à-terre de la réalité palpable).

Le champ lexical du monde linguistique virtuel se compose de clichés appartenant au registre de l’insulte (notamment via le détournement d’un vocabulaire psychiatrique mal intégré ; notamment, lorsqu’on qualifie ou nomme un individu, tel l’auteur de vive-la-vie013, de « psicopate ») ou de l’éloge sans substance et sans grands effets de rhétorique (cool ton blog, sympa, waw ! etc.)

La langue sera donc torturée sans raison, du moins sans raison valable (car expliquer la paresse et l’ignorance par la logique du texto est une explication qui ne vaut rien. « J’écris comme je parle », disent les ignares et les paresseux… Pourtant, on constate assez aisément que cette logique ne réussit pas l’épreuve inverse : personne, pas même les adeptes du « texto », ne parle ou n’a parlé comme ils écrivent ! (cf. mon analyse d’un avis d’un djeun dans l’article "Du poison nommé Wanda" sur p9d)

Ce procès a déjà été fait par Wanda, Darkkdragon (avant que celle-ci ne rejoigne le côté obscur et gr3enflyesque de la Force), Aurel, Fantasquemind, Vive-la-Vie et moi-même… je ne m’y attarderai donc pas. Je noterai cependant que le dictionnaire, tout particulièrement le Larousse, est un instrument connu du blogger-type. La bloggitude exige même cette connaissance qui reste purement théorique comme le prouve le mauvaise usage qu’ils en font : on choisit un mot dans le bon vieux dico (un mot remis au goût du jour), et on en replaque la définition dans un article. On ne sait évidemment quel usage en faire ; le blogger-type non plus d’ailleurs puisque généralement il ne comprend pas la définition proposée par le dico, comme par exemple Gr3enfly et le mot narcissisme. On peut trouver ridicule le savoir encyclopédique et stérile des candidats de « Questions pour un Champion », mais que dire de cette absence de savoir compensé par un savoir-faire de base (trouver un mot dans un dictionnaire) tout à fait stérile du blogger-type ? On a l’impression qu’il s’agit plus d’un exercice scolaire, comme j’en faisais lorsque j’étais en première année primaire, qui n’aurait, en tant que tel, aucune finalité pratique…

C’est pourquoi, malgré ce qui m’oppose parfois violemment à Théhuti, je parviens à trouver légitime l’entreprise hasardeuse de ce dernier. Hasardeuse, du point de vue épistémologique (ses hypothèses ne sont soutenues par aucun discours scientifique) ; légitime d’un point de vue linguistique…

J’ai beaucoup ironisé sur l’incompétence philosophique de Théhuti, dans un article assez méchant, intitulé « La Théhutisification du langage », car je décèle chez lui des moments d’usage a-pragmatique du dictionnaire. J’insiste sur le fait que ce n’est qu’une tendance théhutisifiante qui caractérise certaines de ses interventions… On a l’impression que la spontanéité lui réussit mieux, qu’il y gagne en clarté et en légèreté , alors que, à l’inverse, travailler la langue serait pour lui la torturer avec des moyens opposés à ceux du blogger-type.

Je noterai que c’est l’excès de zèle linguistique qui nuit à la langue théhutienne. Lorsqu’il essaie d’œuvrer sur le terrain linguistique (poétique) de Kriss, Théhuti commet des maladresses à la fois sémantiques et syntaxiques. Quand par contre, il demeure sur son propre terrain, Théhuti peut être plaisant et offrir une littérature agréable à découvrir.

Je ne partage pourtant pas les idées de son Livre. Comme je le disais plus haut, ses hypothèses ne semblent pas avoir de fondements scientifiques ; mais je réalise que son encyclopédisme est orienté et pragmatique et non désordonné comme chez le blogger-type, qu’il peut faire un usage pratique de ses recherches lexicales et étymologiques. Par rapport aux hypothèses qu’il veut prouver, on peut donc conclure à une pertinence de la recherche, quand bien même je les trouverais, personnellement, hallucinées.

Dans cette optique, d'un point de vue théorique (qui ne se vérifie malheureusement pas dans la pratique), il peut y avoir un véritable débat, c’est-à-dire une possibilité d’oppositions, que veut rendre impossibles la bloggitude dominée par le besoin de compromission. Cette dernière est sans doute mal nommée, car la bloggitude, en plus d’être attitude, est une idéologie de nivellement, d’applatissement, d’indifférenciation. La bloggitude est loin d’être une attitude cool, elle est plutôt tiède, c’est-à-dire qu’elle réalise l’équilibre thermique que  la thermodynamique accuse de stérilité… ce qui peut être une autre définition du pare-être.

15 octobre 2006

Critique de la déraison bloggique - Théorie du virtuel appliquée à Skyblog

b)      La poétique bloggique (où il est question de Fantasquemind)

La bloggitude, en tant qu’attitude essentiellement ado’, est caractérisée par une certaine tendance à poétiser les discours. « Poème » est d’ailleurs une des catégories récurrentes que l’on retrouve dans les concours organisés par le blogger-type. Attitude assez étrange lorsqu’on réalise que la plupart de ces poètes ne parviennent pas à manier la langue de Voltaire : orthographe approximative, style médiocre, poésie thématique plutôt que poétique (avec une certaine uniformité du thème, d’ailleurs). Fantasquemind, à ce titre, fait figure d’exception en s’opposant aux deux seules tendances poétiques de skyblog : le mielleux sentimentalisme traitant de l’amour et de ses chagrins (Sonia, Sphinx) ; le morbide gothique et sa fascination superficielle et romantique pour le suicide (mon-ptit-cœur, lapoetesse).

Fantasquemind propose des poèmes marqués par une certaine spontanéité (Nietzsche ne disait-il pas, dans « La Volonté de Puissance », que le poète qui peinait à trouver des rimes à ses poèmes était médiocre), ne faisant aucune concession à la poésie ambiante. On pourra y relever certaines maladresses… mais aussi de véritables pointes de génie. Avec Fantasquemind, le poème n’est pas l’occasion d’exprimer le banal sentiment d’amour, il n’est pas un support d’émotions truquées mais véritable savoir-faire poétique, comme le prouve cet excellent poème :

Confusément je t’admire

Impassiblement je crois haïr

Absolument je dois te le dire

Impatiemment je veux un sourire

Malheureusement je sais plus prédire

Par moment, j’exige un avenir

L’inconvénient ? La réponse, un soupir

Parfaitement cela vous va à ravir

Evidemment faudra guérir

Inconsciemment on va partir

Etrangement, impossible de l’interdire

Je ne dirais pas que de tous les poèmes de son blog il soit le plus beau, mais j’y trouve une réelle originalité de style (dont je lui ai fait part).

La bloggitude n’est jamais qu’une manière d’exprimer des sentiments frelatés, un oubli de ce qu’est vraiment la poésie… La poésie est essentiellement un travail de la langue. Fantasquemind est une des rares personnes à l’avoir compris, véritable poétesse dans le sang, elle a refusé toutes les facilités des prétendus poètes de skyblog.

Pour en donner un aperçu, voici retranscrit un petit dialogue entre Fantasquemind et un blogger-type s’imaginant poète.

De rime ou rime pas, posté le Jeudi 24 août 2006 à 17:28

Juste pour "Fantasquemind"oui j'ai bien fais attention de ne pas écorcher ton pseudo pour pas que tu piques une durite!!alors je t'explique j'écrie moi meme des poémes,mais on n'ai pas là pour parler de ma vie,et je tiens à te signaler au passage que comme certain te l'on peut etre dit Cassandra et Sida ne rime pas ensemble,et tu sais pourquoi,ba je vais te l'expliquer il y a une lettre,oui tu sais peut-etre ce que c'est une lettre?de l'alphabet bien-sur je précise car on ne sais jamais!!et ba il y a une lettre et c'est la lettre"R" entre le "D" et le "A" de cassandra,qui ne rime pas avec sida qui ne posséde pas cette lettre,donc sa ne rime pas ensemble,et sa n'a rien a voir avec un ouie encore scolaire,c'est juste que sa rime pas ensemble mais tout le monde peut faire des erreures personne n'est parfait!!!et ce n'est pas parce que le mot se fini avec la meme lettre qu'il rime avec sinon il y aurait beaucoup de poéte!!non?alors oui,moi aussi j'ai peut-etre fait des erreures d'orthographe mais je suis loin d'etre parfaite tout comme toi!!! Voilà,je te souhaite d'évoluer dans la vie,et d'éviter de la ramener trop souvent!!!Et t'efforce pas de me repondre,sa ne servirai un rien d'user tes doigts,et tu a déjà assez prouvé que en matiére de rabaisser les autres,tu etait fort,ce n'est pas une qualité loin de là!!mais chacun pense et fait comme bon le semble tu me dira!!!je prierai pour que tu évolue!!!allez bye!!!

De fantasquemind, posté le Vendredi 25 août 2006 à 15:04

non, navrée de te décevoir, ce genre de remarques me laissent d'un calme à en faire pâlir certains. ou me font rire doucement. c'est selon.
relis mon commentaire, je ne parlais que de la lettre "a".
je n'ai aucune prétention et je ne "la ramène pas". J'expose mon point de vue, je me divertis.
Pour moi, une rime est une suite de sons qui sonnent bien à l'ouïe. Pour toi, il faut impérativement que la dernière syllabe soit répétée.
Risible, ce microdébat.
Par la même occasion, je te félicite de connaitre l'existence de l'alphabet. Et d'écrire des poèmes qui j'en suis sûre, sont dotés de rimes fabuleuses.
Tout comme je te remercie de te soucier de mes doigts qui ne se lassent pas d'écrire. Cesse donc de t'inquiéter pour eux.

(Note au passage : En faisant le copier-coller de ce dialogue virtuel sur une page Word, que l’on trouvera en entier sur l’article « Salut les filles, allez l’Italie » de notre ami vive-la-vie, je ne peux m’empêcher de rire en voyant le grand nombre de mots soulignés en rouge dans le commentaire de « rime ou rime pas », par rapport aux deux mots mal orthographiés de Fantasquemind repérés par le traitement de texte… Je pense que la poésie sous-entend une connaissance certaine de la langue, non ?)

La poésie de Rezvanifan est toute différente : elle ne se veut d’ailleurs pas poétique. Lorsqu’il écrit son « Dithyrambe à Ambre », son « Aurel et les Airelles », Rezvanifan use de la poésie pour faire de l’humour ; ou use de la poésie pour faire de la critique face à la tendance poétique virtuelle lorsqu’il écrit « Une fois de plus ». Dans ces trois cas, Rezvanifan ne prétend pas faire œuvre de poète, mais au contraire retourner cette poésie contre elle-même.

La bloggitude est donc une certaine attitude face à la poésie : par son contenu, elle verse dans un sentimentalisme nauséeux (gothique ou romantique) ; par sa forme, elle tombe dans l’anti-poésie ou la non-poésie. Ce qui fait l’Histoire de la Poésie, ce ne sont pas tant les thèmes qu’elle aborde que la manière dont elle les aborde (en ce sens, Rimbaud et surtout Baudelaire « cassent »  la poésie formelle en lui ajoutant de nouveaux contenus). Il faudrait d’ailleurs noter que les grands poètes, comme Victor Hugo, Verlaine, Rimbaud, Baudelaire, Mallarmé, Prévert (que je n’aime pas, mais bon, question de goût), n’expriment pas spécialement le sentiment amoureux. Les grands débats qui font l’Histoire de la Poésie, avec ses fureurs et ses oppositions, ne touchent pas souvent le contenu des poèmes, mais plutôt les manières de jouer avec la langue. Du coup, l’entreprise poétique des bloggers-types, qui nous parlent d’une émotion dénaturée, est une entreprise vouée à la faillite. Par son style, cette poésie est non-poétique : parce qu’elle fait fi de l’orthographe, de la grammaire (mon-ptit-cœur, Sonia) ; ignore la rhétorique en proposant des métaphores et des comparaisons absurdes et insensées (Sphinx).

On me rétorquera que toute révolution littéraire passe par le bafouage des codes littéraires en vigueur (rythmique, rime etc.). Certes, mais j’ajouterais qu’on ne bafoue qu’en connaissance de causes. L’absurdité qui naît des poèmes bloggiques est généralement le fait d’une ignorance primordiale. Queneau peut bien commencer « Zazie dans le Métro » par une contraction non linguistique du genre : « Doukipudonktan »… il n’empêche qu’il écrit, à côté de cela,  ses « Exercices de Style ».

Pour jouer, il faut connaître les règles du jeu ; pour bluffer au poker, il faut savoir ce qu’est le poker et comment il se joue. Sans quoi il s’agit juste d’une agitation désordonnée. Les poètes bloggers souffrent de syncopes ou d’hystérie littéraires…

Adopter la bloggitude, c’est empêcher l’émergence de la poésie (j’entends par là, une poésie vraiment poétique) dans le monde du virtuel en concentrant toute manifestation poétique sur la seule voie de la non-poésie virtuelle. La bloggitude passe par la légitimation, par voie de starification, d’un certain type de poésie, celle qui répond le moins à la définition de la poésie : la poésie non-poétique de Sonia, de mon-ptit-cœur, de lapoetesse. Nouvelle praxis du pare-être qui consiste à ne rien dire… sans art, ou plutôt à dire le vide sans pour autant le faire avec art.

13 octobre 2006

Critique de la Déraison Bloggique - Théorie du Virtuel appliquée à Skyblog

II - La Bloggitude (= Attitude Skybloggique)

a)      L’humour bloggique

Une des principales caractéristiques de la bloggitude est l’aspect strict de la codification de l’humour dont il accepte de faire preuve. Cet humour est marqué par une surestimation de la littéralité aux dépens de l’Esprit. Les réactions suscitées par les articles de notre ami [a=http://vive-la-vie013.skyblog.com]vie-la-vie[/a] sont assez symptomatiques de cette absence d’humour relevé (avec reliefs). Le profond humanisme de v-l-v, intelligemment mis en forme selon un certain code humoristique, n’est pas ressenti comme tel par les « intelligences » frappées de bloggitude.

La littéralisation de cet humour, c’est-à-dire la non-perception de rapport entre le dit et le pensé, ou un manque de distance actualisé par une interprétation-zéro de ce qui est dit, est typique de la bloggitude. Le monde virtuel de skyblog est un monde aplati, sans relief et sans profondeur, qui ne parvient à envisager la différence essentielle entre le discours performatif et l’énoncé dénotatif : la virtualité n’étant que possibilité, le blogger-type n’arrive évidemment pas à faire la part entre l’acte (ou réalisation) et ce qui est simplement dit. Dans un tel contexte, bien entendu, il ne peut y avoir de places pour l’ironie. Celle-ci est déjà tellement mal comprise dans le monde réel (ou actuel) qu’elle ne peut donc être qu’une impossibilité dans le champ du possible !

La psychologie du blogger-type mériterait d’être étudiée à ce niveau de notre théorie du virtuel. L’ironie se définit généralement comme une forme d’humour qui consiste à dire le contraire de ce que l’on pense : « Waw ! Qu’elle est belle ! » dira-t’on pour désigner un boudin, telle la maman de Kaiviiinnn.  Le cynisme, à ce titre, est une forme noire de l’ironie, dans la mesure où le cynique tient un discours vrai que personne ne veut entendre sur le ton sarcastique de l’humour noir. Généralement, le cynique donnera de lui une image de misanthrope endurci alors qu’il est, en vérité, le plus aimant et le plus désespéré des hommes.

Prenons cet exemple tiré de la page 2 du blog de Vive-la-vie :

- Non mais comment oses-tu te plaindre de ta vie, alors qu'à l'heure qu'il est, des millions d'enfants meurent en Tchétchénie?
- Certes, mais moi je m'en fout, car grace à mes nouvelles Nike, je rebondis de manière tout à fait confortable sur le corps de tout ces petits enfants qui sont morts juste pour fabriquer ces Nike

A la lecture des commentaires suscité par cet article, nous remarquons que les personnes les plus scandalisées par le propos de notre ami, et donc a priori plus aimants de la race humaine, sont a fortiori ceux qui font le souhait peu humaniste de le voir crever de la manière la plus atroce qui soit !

Tel l’humaniste idéaliste de Jean-Paul Sarte, dans « La Nausée », ces individus moraux n’aiment en fait que l’idée d’homme à défaut d’aimer les individus concrets et particuliers. Plutôt le lointain que son prochain (au sens de proximité physique), c’est-à-dire plutôt l’idée vague du travailleur exploité que la personne bien présente et déterminée.

Mais cette haine à l’égard de v-l-v est symptomatique d’un moralisme virtuel, issu d’une psychologie bien définie du blogger-type : le blogger-type est celui qui colle au plus près du dit, à tel point qu’il l’envisage comme acte. La haine qu’il croit déceler dans le cynisme ou l’ironie humaniste de v-l-v n’est jamais que la projection de sa propre haine. Haine de l’individu actuel (à la manière de gr3enfly, par exemple, qui n’envisage pas d’autres relations humaines que les relations virtuelles, pour qui la représentation actuelle de la grande ville est Strasbourg, au demeurant, très jolie), haine de la distance entre le dit et le pensé. Le blogger-type lit la haine d’une part, parce qu’il manque de distance critique et d’autre part, parce que la haine est son unique mode de perception. Il est tout entier haine.

La haine, c’est un refus marqué d’hostilité à l’égard de ce qui est différent. D’où les réactions haineuses de gr3enfly (pour en revenir à lui) lorsque Wanda, Aurel, Ambre et moi lui opposons le droit à la différence…

L’humanisme du blogger-type, à l’inverse de l’humanisme cynique de v-l-v, est plutôt un unanimisme.

NB : La haine, définie comme refus hostile à l’égard de la différence me concerne également… Je hais gr3enfly pour sa différence par rapport à moi. Mais ma haine est relative quand la sienne est absolue : je hais gr3enfly car il adopte une différence, relative à moi, qui refuse toute différence. C’est l’indifférence de gr3enfly qui me heurte…

Il est cependant faux de dire qu’il n’existe pas de détachement bloggique : le principe du fake constitue une tentative de détachement. Mais de l’humour, la bloggitude ne retient en fait que le grotesque, non pas un grotesque réflexif ou critique comme chez le rezvanifan (où le grotesque devient par lui-même un objet de dérision), mais un grotesque moqueur, une moquerie qui tourne en ridicule une certaine catégorie d’individus. Jjette en est un parfait exemple, et une très belle réussite, d’ailleurs, bien que ce type d’humour reste englué dans l’humour-type bloggique. Victim 19 en est un autre exemple.

C’est pour cette raison que revue-de-blogs se fit duper en interprétant le grotesque de gr3enfly comme un fake.

Bien que typique de l’humour bloggique, le fake en tant que première tentative de détachement du dit et du pensé est souvent une forme d’humour réussie. En tant que tentative, elle manque la dimension critique d’un humour que nous pourrions qualifier de politique.

Wanda007, sans susciter le moindre scandale, réussit un coup de force humoristique : chez elle, l’humour est détaché du premier niveau (le grotesque) et atteint le niveau de l’Esprit (mots d’esprit) et retrouve une certaine innocence que le cynisme de v-l-v ne permet pas de concevoir. Le blog de Punk-Ryden n’a pas cette innocence, mais fonctionne sur le mode de l’ironie plutôt que du cynisme…

12 octobre 2006

Critique de la Déraison Skybloggique - Théorie du Virtuel appliquée à Skyblog

I.                   Pare-Être et Paraître. Les virtualités du virtuel.

a)      le paraître

Je n’imaginais pas qu’une étude si poussée du monde virtuel serait rendue possible par les interventions arrogantes et injurieuses de Kévin, auteur du tristement célèbre blog Gr3enfly. Le concept de pare-être, comme pendant au traditionnel « paraître » de la philosophie, tant métaphysique qu’éthique, avait germé dans mon esprit alors que j’imaginais assez vaguement une théorie du virtuel.

Gr3enfly me semblait un bon exemple pour illustrer le vide du monde virtuel. Mais je ne réalisais pas que son créateur me livrerait, inconsciemment, la clef de voûte d’une théorie du pare-être.

Le monde virtuel est un monde paradoxal (nous le verrons plus en profondeur lorsqu’il s’agira de conclure cette assez longue étude) : c’est à la fois un monde vide et un monde saturé. Vide dans la mesure où il n’est qu’un monde de possibilités sans la moindre actualité concrète (c’est-à-dire un monde numérique qui renvoie à la vacuité de l’idéalisme dénoncé par le film Matrix) ; monde saturé, comme en témoigne l’immense ensemble de conneries qui y véhiculent. On peut parler de double saturation dans l’univers de skyblog : 1° une saturation purement quantitative (numérique), que montre le trafic du réseau (plus de 5.000.000 de blogs créés) ; 2° une saturation qualitative avec son règne de la répétition (la plupart des blogs proposent les mêmes concours, les mêmes débats, les mêmes coups-de-gueule, les mêmes décors, le même vocabulaire, les mêmes discours).

On remarquera d’ailleurs au passage que la plénitude du virtuel ne renvoie ultimement qu’à une certaine forme du vide. Le monde virtuel devrait être un monde de possibilités et pourtant… on est très loin de les avoir toutes épuisées puisque, après tout, les attitudes bloggiques sont pour la plupart formées dans le même moule. D’où les heurts provoqués par des blogs comme paris8depression, vive-la-vie013, Kriss0681, Fantasquemind ou feu revue-de-blogs. Ces blogs proposant un autre discours, il est évident qu’ils peuvent irriter les esprits peu habitués au langage de l’intellect… (en ce qui concerne paris8depression, il s’agit d’autre chose encore : Ionesco parlait de l’absurde par l’absurde ; il ne serait pas étonnant que p8d soit un discours sur la politique blog par la bloggitude).

Gr3enfly est en ce sens exemplaire : toutes les considérations de ce petit ado’ choyé par papa-maman (mais surtout maman-Jocaste) sont d’ordre purement formel ; des réflexions plates sur la mode, sur la musique (dont notre ami punk-ryden donne un bel exemple), sur ses ambitions et ses rêves. Le discours n’enveloppe aucun contenu, mais enrobe du vide par la maîtrise, assez bonne (je le concède), d’une technique esthétique qui n’est pas sans rappeler celle du trompe-l’œil.

Nous sommes là de plain-pied dans un univers du paraître. L’ennui, c’est qu’il y a deux types de paraître, et que gr3enfly mobilise le plus illégitime des deux en ce qui concerne l’histoire de l’art. Considérons par exemple l’œuvre cinématographique de Antonioni. Bien que le discours tenu dans L’Avventura ou  La Notte soit intellectuel, je suis assez d’accord avec un critique français lorsque celui-ci dit que le contenu du discours n’est pas à proprement parler original et qu’il ne constitue pas l’essentiel dans la mise en scène du réalisateur italien. Ce qui y importe, ce sont ses trouvailles esthétiques, rompant avec l’académisme sans substance des films de l’époque. Le génie d’Antonioni se manifeste par le travail qu’il opère sur le paraître, sur la forme.

A l’inverse, nous avons le paraître de Ron Howard : ce dernier maîtrise à la perfection une certaine technique de la mise en forme, mais n’invente absolument rien. Rejette l’idée de l’Art comme création de percepts. Le pur formalisme et le technicisme de son œuvre cinématographique n’alimentent qu’une idéologie du septième art comme stimulant émotionnel (la peur, le rire, la tristesse etc.)

L’esthétique de Gr3enfly est de cette sorte. La maîtrise est parfaite (les jolis encadrés tout colorés, la mise en page, les dégradés etc.), mais elle ne reste qu’un calque d’une esthétique bloggique très académique.

b) Le pare-être

Du point de vue ontologique et ontique, considérons à présent l’une des autres propriétés du virtuel : le pare-être. Le virtuel en tant qu’ensemble de possibilités peut devenir le moyen d’empêcher toute manifestation ou de tout dévoilement de l’être, en demeurant dans la seule sphère des possibilités d’étants. Si le paraître est recouvrement de l’être et des étants, il n’est absolument pas annulation ou obstacle dressé face à l’être : il en empêche peut-être le dévoilement (dans la mesure où il le recouvre), mais il ne l’oblitère pas. Disons que le paraître et le pare-être sont des manières de disqualifier l’être et les étants. Le paraître trace un mirage de l’être (gr3enfly n’est qu’ornement du vide). Le pare-être peut être oblitération ou obstruction.

Il s’agit d’obstruction lorsqu’il renforce la virtualité du virtuel, en l’élevant au carré. Il empêche la mise en acte des potentialités, et c’est très exactement ce qui se passe lors des interventions intolérantes, les attaques non-critiques dont il subit les assauts. Par exemple, lorsqu’on reproche à philo-et-nutella d’écrire trop ; ou bien ceux adressés à Snipe lorsqu’il veut user du virtuel comme mise en acte de la possibilité d’évoquer la dure réalité de Kinshasa etc.

Le système de starification (via le top 100 ou le blog de la semaine) donne un assez bon exemple du principe d’obstruction : on ne parle que de ce qui peut être entendu (compris) par la majorité (c’est le principe du plus petit dénominateur commun). Humour entendu, esthétique uniforme, même la pensée doit être sans reliefs et suivre le cours d’une pensée unique élaborée à partir de clichés (Filozoof). Il arrive parfois que quelques blogstars sortent du lot, tel que photo-génie ou l’inclassable paris8depression, sans que l’on ne sache pourquoi.

Quand un blog choisit une autre voie du virtuel et attire les foules, sans nécessairement entrer dans le top 100, tel feu revue-de-blogs, c’est parce qu’il choque en allant à contre-courant de la possibilité prise comme référence. Et Cybercop le censure automatiquement ! Il est d’ailleurs intéressant de noter que Cybercop, c’est deux poids, deux mesures ! La police virtuelle n’hésite pas à censurer tout un blog, comme celui de darkkunikorn, sans même donner les raisons de cette frappe ; alors qu’elle tergiverse avant de censurer, à contrecœur, un article de mon-ptit-cœur incitant explicitement au suicide et à l’automutilation.

Le pare-être comme obstruction est donc une certaine politique qui consiste à condamner l’ensemble des possibilités à ne demeurer que de simples possibilités, c’est le refus d’actualisation du virtuel.

Le pare-être comme annulation est plutôt un accident, un effet secondaire des possibilités du virtuel. Si le pare-être comme obstruction est l’effet d’une stratégie qui ne doit rien à l’essence même du virtuel, mais qui se sert de la possibilité du virtuel pour renforcer une certaine tendance policière bien ancrée dans l’esprit humain (à discourir sur du vide, comme gr3enfly, on ne met pas le pouvoir en péril), le pare-être comme annulation tient dans la nature même du virtuel.

L’affaire gr3enfly est riche d’enseignement de ce point de vue-là. Le pare-être est-il mensinge simple, et dans ce cas un effet banal du paraître (l’expression d’un vide caché) ou possibilité d’oblitération ontologique par effet d’échanges ontiques (ou permutation) ?

En résumé, il semblerait que l’identité de Gr3enfly ait été usurpée par une personne malintentionnée qui aurait insulté, en son nom, et les individus de la classe laborieuse et les visiteurs de son blog. S’agit-il d’une véritable imposture ou d’un besoin irrépressible pour Kévin de se déchaîner ?

Le virtuel est donc le monde de possibilités infinies d’impostures puisqu’il permet aux individus d’être ce qu’ils ne sont pas (en prenant, peut-être, la place de gr3enfly), de ne pas être ce qu’on est… ou encore mieux : d’avoir la possibilité de dire qu’on n’est pas celui pour lequel on se fait passer.

Je m’explique. Dans le cas de l’imposture, un individu X se fait passer pour Y. Dans le monde réel, la supercherie peut être vite levée, comme lorsque Norman Bates se fait passer pour sa mère (et que finalement, on se dit qu’on était bien naïfs d’avoir été aussi facilement dupés). Le monde virtuel permet d’être ce que l’on n’est pas (Gr3enfly, Justine ou le beau brun de la photo sur Rezvanifan) ; conséquence directe de brouillage ontique : on n’est pas ce qu’on est. Norman Bates a beau s’habiller comme sa mère, il ne faut pas faire un examen très approfondi pour deviner qui il est réellement. Alors que dans le monde virtuel, on peut parer l’être actuel en choisissant une autre possibilité : ne plus être soi !

Une autre possibilité, plus tordue, qui est peut-être celle choisie par Kévin de gr3enfly : utiliser les propriétés ontologiques du virtuel, la dialectique sans substance de l’être et du non-être dans l’ordre du virtuel, pour dire qu’on a usurpé son nom : Kévin pète une case, insulte ses visiteurs, puis utilise l’inconsistance de l’être virtuel pour annoncer qu’il a été la malheureuse victime d’un imposteur ! (A qui il a le culot de donner un nom : le mien !). Il y a eu quelque chose, mais il est toujours possible de dire : « Non, il n’y a rien eu de ce genre ! ». Le virtuel est un champ d’étants facilement interchangeables car il n’y aucun être sur lequel les fixer. Ou plutôt, à la pesanteur de l’être actuel (inéluctabilité de l’être) s’oppose la légèreté de l’être virtuel (inconsistance) qui, en tant que champ de possibilités, a toujours la possibilité de se muer en non-être de toute éternité. L’être du virtuel a toujours la possibilité de se retrancher dans l’inexistence, c’est-à-dire de pare-être.

11 octobre 2006

Analyse de la poétique de Mimi0706

Dis_witte__008Dans ma critique de la Déraison Bloggique, au cours du chapitre consacré à Fantasquemind et la poétique bloggique, j'évoquais une certaine tendance poétique bloggique, marquée d'un côté par la fascination gothico-sentimentaliste pour le morbide, de l'autre, par le sentiment nauséeux amoureux... Mimi réalise ces deux tendances !

Il y a chez Mimi0706 trois types de poèmes : a) les poèmes sebbistes ; b) les poèmes en –able réservés aux amis de Mimi ; c) les poèmes gothiques avec son lot de références clichées à Satan, au sang, à la mort, au suicide, c'est-à-dire des références mortifères. Ces trois tendances renvoient ultimement à un même trait de personnalité: le narcissisme.

a) Les poèmes sebbistes sont de deux sortes : les premiers parlent des jours heureux (apparemment, ils ne sont pas les plus nombreux) ; les seconds parlent d'un serment de fidélité au-delà de la rupture :

Stp seb mon ti ange dis moi, c'est à cause de moi ? Je te plait plus ?
Tu ne m'aime plus comme au début je sais... Mais pourquoi on est perdue ?
Tu sais j'ai besoin que tout s'arrange...
Je suis désolé mais t'es ma vie pi je t'aime mon ange...


(NB : Mimi, si j'en crois la photo, qui n'est pas vraiment à son avantage, est une fille... on doit donc lire : « Je suis désoléE » ; les autres erreurs grammaticales n'entraînant aucun contre-sens, il ne sert à rien de les évoquer)

b) Les poèmes en –able sont souvent de courts poèmes sans intérêts que Mimi dédie à ses amies. Ce qui surprend dans ce type de poèmes, c'est que les amies de Mimi ont toutes les mêmes caractéristiques : elles sont adorables, admirables, raisonnables, (imbaisables ?)... Peu d'éléments vraiment personnalisés, comme si le type de rapport entretenu entre Mimi et ses amies était purement abstrait.

c) Les poèmes gothiques entrent parfois dans la catégorie sebbiste ; parfois sont l'expression d'un sentiment pur sans objet. Ils se caractérisent par le sentiment de déréliction, d'isolation virtuelle, l'envie de suicide et la référence constante à Satan, à qui Mimi, qui ne sait pas qu'elle joue avec le feu, livre son âme.

J'ai le mal-être
Et j'aimerais, grâce à l'aide de Satan, pouvoir disparaître...


Maintenant, Satan je t'implore,
Je suis en désamour
Alors mon âme, viens la récupérer !
Viens me chercher !!
Prends-moi...
Emmène-moi...
Je suis fin prête à présent.
Oh SATAN,
Viens, je t'attends.


Il y a tant de questions...
Mais pourquoi tant d'incertitude,
Et pourquoi tant de doute...
Pourquoi ai-je si peux confiance en moi ?
Pourquoi de temps à autre suis-je mal dans ma peau ?
Pourquoi suis-je aussi complexée ?
Pourquoi suis-je aussi timide ?
Pourquoi suis-je comme ça ?
Pourquoi ai-je souvent froid ?
Pourquoi est-ce que je me sens souvent seule ?
Pourquoi est-ce que je reste dans l'ignorance ?
Pourquoi je ne trouve pas les réponses à mes préoccupations ?
Pourquoi il y a t-il tant de « comment » ?
Pourquoi il y a t-il toujours et tant de « POURQUOI » ?


J'ai envie de crever
Alors pourquoi samedi soir j'me suis pas fais écrasée?
En me mettant au milieu de la route j'espèreais en finir...
J'étais bourée mais j'voulais mourir




Analyse de la situation :

Je ne vais pas analyser les poèmes de Mimi d'un point de vue littéraire, mais essayer d'offrir une réponse à la question principale de Mimi : « Pourquoi suis-je si seule ? Pourquoi Seb m'a-t-il quittée ? »

A la lecture des poèmes de Mimi, j'ai pu remarquer un auto-apitoiement constant (« Pauvre Mimi »), c'est-à-dire un nombrilisme constant qui me pousse à croire que l'amour que Mimi peut porter aux êtres n'est en fait qu'un moyen de se retrouver elle-même en chacune des personnes qu'elle côtoie. Les poèmes en –able sont asses symptomatiques, de ce point de vue : Mimi n'est pas capable de préciser les raisons de son admiration pour telle ou telle personne ; elle use d'un vocabulaire général, qui renvoie plus à un potentiel qu'à un acte : « Tu es admirable »... Les adjectifs en –able expriment une possibilité d'être admiré, mais Mimi ne dit pas : « Je t'admire » : elle coupe le lien qui pourrait concrètement l'attacher à cette personne, creuse un fossé entre elle et son amie et ne veut pas mouiller ses sentiments d'une manière directe. Toutes les relations amicales de Mimi sont abstraites (c'est-à-dire sans attache concrète). D'où cette série de poèmes sur le sentiment de solitude :

Pauvre de mimi,
Détestée par la vie.
Pauvre de mimi,
Qui en dehors du net n'a pas de vrai amis.


Oui... l'amitié vraie est pour Mimi absolument fictive (virtuelle). Si Mimi a besoin d'amis, ce n'est pas tellement pour opérer le partage sentimental de sa personne que pour entendre un écho ; parler dans le vide, pour une personne narcissique, ne procure aucune satisfaction. Narcisse a besoin de son miroir et de s'illusionner, en toute conscience (cf. Rosset), sur l'existence d'Autrui... Narcisse a besoin de l'Autre en tant qu'Autre et Même à la fois : l'Autre, qu'il aime en tant que Même ; le Même pour se noyer dans l'Autre ! Tout n'est donc qu'affaire de p'tit nombril. Mimi avait besoin de Seb, parce qu'il était Autre comme le Miroir doit être Autre, donc en-dehors du Moi pour pouvoir le refléter.

En quelque sorte, Seb n'a jamais été qu'un prétexte pour Mimi, une support, une surface où elle pouvait mirer non pas un autre être mais son propre sentiment (NOTEZ D'AILLEURS que Mimi, dans le commentaire analysé dans l'article précédent, répète à plusieurs reprises que s'en prendre à Seb, c'est s'en prendre également à elle). Ce que Mimi aimait en Seb, ce n'est pas Seb lui-même, mais le fait que l'amour de ce dernier était à l'image de son propre amour. Il est évident qu'un amour aussi abstrait ne pouvait convenir à un individu qui se dit « romentik » comme Seb...

Malheureusement pour Seb, Mimi ne compte pas en rester là. Toute personne saine d'esprit (qui ne pousserait pas le narcissisme, bien humain pourtant, jusqu'à ses limites) envoie chier son ex', réalise son deuil par la rancune, c'est-à-dire accepte la différence absolue entre les êtres ; pour Mimi, par contre, cette différence est inacceptable puisque Seb est l'expression d'elle-même. Douleur : le miroir de Narcisse est brisé ! Comment faire pour se noyer ? Comment réaliser le destin gothique par excellence qu'est le suicide ?

L'attachement de Mimi pour Seb, qui devient même grotesque, doit être répété* (quinze pages de poèmes et la plupart concernent Seb !!!) jusqu'au-delà de la rupture... jusqu'à venir sur mon blog donner la preuve de cet attachement... Bien que j'émette un reproche sévère à l'égard de Mimi, Seb ne réagit même pas... alors qu'il montait sur ses grands chevaux dès que je dédiais un poème à Ambre !



* Suivant la logique spéculaire, tout objet (ou tout sentiment) doit être répété au moins une fois. L'analyse de ses commentaires sur mon blog, que vous pouvez trouver dans l'article précédent, en est la preuve. Dans l'échantillon de poèmes présents, on peut aussi remarquer ce besoin de répéter la même chose: l'appel à Satan, par exemple; mais aussi la question sur le "pourquoi" des choses: les trois premiers vers expriment la même question générale mais d'un autre point de vue. Narcissisme donc dans cette illusion sur l'altérité du Même, que l'on retrouve dans l'usage des mots chez Mimi.

Publicité
1 2 > >>